Thibault T. Becquaert
Rattachement à l’ED540, thèse en cotutelle Université Paris sciences et lettres avec l’Université de Montréal.
thibault.becquaert chez umontreal.ca
Thèse : Filmologie, filmologue. De l'Institut de filmologie de la Sorbonne (1948-1962) aux études cinématographiques contemporaines
Directeur(s) de thèse : Antoine de Baecque, André Gaudreault
En termes de lexicographie, le monde du cinéma possède un nom pour son créateur : le cinéaste. Pourtant, alors que la discipline universitaire des études cinématographiques est désormais solidement établie, il n’apparaît dans le paysage francophone aucun terme dominant pour qualifier le titre de son chercheur. Un idiome existe toutefois : filmologue. Toutes langues confondues, ce terme n’est pas récent : tel le mot cinéaste, filmologue apparaît au plus tard dans les années 1930, tout comme la science qu’il étudie : la filmologie. Si ces mots demeurent peu courants dans la francophonie contemporaine, cela serait dû à leur rattachement lexicologique au défunt Institut de filmologie de la Sorbonne (1948-1962). Ce laboratoire interdisciplinaire sur le cinéma, fondé à Paris par Gilbert Cohen-Séat, est un important précurseur en études cinématographiques. Il a été le centre de rédaction d’un nombre relativement important d’articles notamment publiés au sein des trente-neuf volumes de la Revue internationale de filmologie, elle aussi dirigée par Cohen-Séat et a rassemblé un nombre significatif des influents chercheurs en cinéma du milieu du XXe siècle. Cependant, Robert Daudelin, directeur honoraire de la Cinémathèque québécoise et inscrit à l’Institut pendant quelques jours seulement avant la fermeture inopinée de ce dernier, affirmera être arrivé à un lieu « sans cours, sans professeurs ; juste une secrétaire. » Fermeture inopinée, en effet, car en 1962, scandale : la presse révèle que l’on opérait à l’Institut, dans le plus grand secret, des recherches commanditées par les forces armées et services secrets français. Ce lien entre l’Institut et l’État est structurel : bâtiments et financements proviennent du service de renseignement extérieur. Toutefois, la nature des recherches qui y ont lieu pour le compte de l’État demeure mystérieuse : ce pan ne semble pas (encore) avoir fait l’objet d’une publication élucidante, à défaut d’une historiographie exhaustive. D’aucuns évoquent que les études concernaient l’image latente, impliquant une recherche des sciences pures physique, chimie. Toutefois, à nouveau, cette direction semble contradictoire avec les courants sémiologique, psychologique ou spectatoriel des recherches officielles et assumées de l’Institut. Ces autres études, justement, sont dépourvues de toute dimension secrète. Elles nous sont par ailleurs particulièrement d’intérêt, car elles s’inscrivent dans une mouvance des études cinématographiques qui s’est développée bien après l’âge d’or de la filmologie qu’incarnait l’Institut. En notre XXIe siècle, en effet, les études cinématographiques ont évolué pour inclure une puissante interdisciplinarité et notamment des paradigmes issus de la psychologie, des neurosciences, de l’ethnologie, ou encore de la physiologie ; impliquant des postures sémio-pragmatiques, cognitives, neuropsychologiques, biologiques. En somme, l’objet du chercheur en cinéma a résolument dépassé le simple corpus de films. C’est d’ailleurs au sein de l’un de ces paradigmes que ressurgit pour la première fois le terme « filmologie », en tant que suffixe, au sein de l’expression « neurofilmologie ». Or, il s’avère que ces pans des études cinématographiques d’aujourd’hui parfois intermédiales, résolument interdisciplinaires étaient déjà ancrés dans l’Institut de filmologie de la Sorbonne. C’est du moins notre première hypothèse de recherche. Contextuellement, lors du scandale de 1962, l’Institut a sombré (dans l’oubli) emportant avec lui les termes filmologue et filmologie ainsi que ces premières études sémiologiques, psychologiques, pré-neuroscientifiques, pré-sémio-pragmatiques. Seconde hypothèse de recherche. Dans cette optique, posons (osons) une troisième hypothèse, conjecturale : si nous poursuivons notre science cinématographique dans une posture interdisciplinaire entamée au milieu du siècle passé par les membres de l’Institut de filmologie, nous, chercheurs en cinéma, sommes filmologues.
Voir en ligne : thibault-theodore.com
