Ce que l’intelligence artificielle change à l’art Chapitre d’ouvrage - Avril 2025

Alexandre Gefen

Alexandre Gefen, « Ce que l’intelligence artificielle change à l’art  », in Anotnio Somaini et Ada Ackerman et Alexandre Gefen (ed.), Le monde selon l’IA. Explorer les espaces latents, catalogue de l’exposition du Jeu de Paume, 2025. ISBN 978-2-36568-107-0

Abstract

<div><p>Ce que l’intelligence artificielle change à l’art « Ce que l’intelligence artificielle change à l’art », in, Le monde selon l’IA. Explorer les espaces latents, catalogue de l’exposition du Jeu de Paume (avec Antonio Somaini et Ada Ackerman), JBE-Le Jeu de Paume, 2025.</p><p>L’introduction de l’IA dans l’histoire de l’art ne se résume pas à l’apparition de nouvelles images : ni les images troublantes des GAN des années 2018-2020 (comme celles de Robbie Barrat, du collectif français Obvious ou de Mario Klingemann), qui laissent un sentiment d’inachèvement, ni les compositions par collage combinatoire de formes des modèles de diffusion qui leur ont succédé, ni les vidéos spectaculaires de Sofia Crespo, Memo Atken ou Refik Anadol ne sont véritablement inédites. C’est plutôt comme technique de facilitation à valeur démocratique que les IA génératives en art visuel ont fait leur apparition. En vérité, face à l’avalanche d’images générées par les IA artistiques telles que Dall-E, Midjourney ou Stable Diffusion, on pourrait être tenté de considérer l’intelligence artificielle en art comme une simple affaire de logiciels offrant des illustrations à bas prix. Cette première impression pourrait être celle d’une simple répétition de styles esthétiques dépassés, plutôt que la création de mondes nouveaux et innovants. Il n’y aurait pas d’esthétique artificielle, de spécificité d’un projet et de formes artistiques. Au mieux, il y aurait un art génératif à replacer dans la lignée déjà longue des machines algorithmiques d’art nées dès les années 1960. Au pire, il s’agirait de simples technologies permettant de transférer des styles déjà constitués, de plagier en fouillant un peu au hasard et sans beaucoup d’inspiration dans l’histoire de l’art et de produire d’habiles collages. Bien que l’exposition américaine de 2023 intitulée « Un nouveau surréalisme » promette une révolution dans le domaine de l’intelligence artificielle, les combinaisons visuelles créées par les IA ne nous surprennent souvent que par leur capacité à évoquer et à varier des combinaisons existantes de manière instantanée. Leur puissance de synthèse et leur accessibilité sont les principales caractéristiques qui nous impressionnent le plus. De ce point de vue, l’IA générative pourrait donner l’impression d’enfermer l’art dans des formes de beauté stéréotypées, en créant au mieux un nouveau style pop sans la capacité de produire une beauté non standardisée. L’IA générative permet de créer des photographies selon le même régime compositionnel que la peinture. Elle met ainsi fin à plus d’un siècle d’une ère où nous nous sommes appuyés sur la photographie pour définir la réalité. En outre, elle introduit une rupture révolutionnaire dans le domaine de l’art en dissociant le style du thème, la forme du contenu, ce qui lui permet d’utiliser, par exemple, le style de Véronèse pour représenter des machines à laver. Cette dissonance entre les objectifs artistiques et les moyens esthétiques constitue pourtant l’essence des formes artistiques humaines et de leur compréhension. Est-il possible de résumer l’IA à une simple méthode pour créer des formes en s’inspirant de mémoires d’oeuvres passées ? L’idée aurait déjà pour mérite de nous rendre attentifs à la manière dont les artistes ont souvent rêvé des machines à produire de l’art avant leur réalisation. Par exemple, Swift imaginait une machine à écrire des livres dans Les Voyages de Gulliver au XVIII e siècle, et Pierre Jaquet-Droz des automates peintres à la même époque. Il est temps pour nous de nous interroger sur cette étrange illusion consistant à vouloir que l’art s’autonomise et s’automatise, en rêvant de la disparition du poète, selon l’expression célèbre de Mallarmé, et de la mort de l’auteur, qui s’effacerait derrière un langage artistique. Ou, sans aller jusque-là, le critique pourrait s’intéresser aux intelligences artificielles génératives, non seulement comme des outils de production artistique déléguée, mais aussi comme une forme de collaboration qui se situe dans la continuité d’un travail en atelier, où la créativité peut être indirecte, passant par des instructions dont la réalisation concrète est confiée à des exécutants. La maîtrise technique, l’art de l’artiste, c’est celui de sa capacité à programmer ou à prompter et l’oeuvre peut se caractériser selon un gradient entre de l’art totalement sous-traité à la machine et l’art manuellement programmé. Ce paradigme est très étranger à l’individualisme et à la sacralisation de l’auteur qui prévalent en littérature, mais il est présent dans d’autres domaines artistiques, comme le cinéma. Cette seconde mort algorithmique de l’auteur c’est celle de la démocratisation de l’art. En effet, les IA génératives nous amènent à nous interroger sur les liens entre les médias et les origines rhétoriques des représentations picturales. Transformer un texte en une image d’un texte à partir d’un</p></div>

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