Cendrars, entre La NRF et les revues surréalistes Communication dans un congrès

Marie-Paule Berranger

Marie-Paule Berranger, « Cendrars, entre La NRF et les revues surréalistes  »

Résumé

Si Cendrars sort très vite du "château surréaliste", bien avant que le Manifeste n’en fasse l’inventaire, il apparaît dans les revues de 1919 à 1922 comme une présence virtuelle dont on ne sait que faire mais qui pourrait faire nombre. Chacun se ménage des signatures, compte les collaborations et les alliés du second cercle, lui gardant une place en creux. La métaphore militaire et la discipline collective des avant-gardes le chassent vite des réunions du Certà, mais son nom reste dans les sommaires, aux côtés de ceux de Breton, Aragon, Crevel, Vitrac. Chacune de ses publications fait l’objet, dans un délai très court d’une critique en général élogieuse ou au moins prudente ; quant à ses productions à La Sirène, elles sont signalées attentivement par les notes critiques de La NRF ; et c’est, le cas échéant, Breton qui s’en charge. On le ménage sans savoir comment situer sa poésie : l’échange entre Jacques Rivière et André Gide sur la présence souhaitable ou non de Cendrars à La NRF est à cet égard exemplaire. La communication se concentre sur deux années décisives -1919-1920- moment du lancement de Littérature, de la résurrection de La NRF qui avait cessé de paraître pendant la guerre, cernant ce moment manqué, peut-être pour le plus grand profit de Cendrars. L’intérêt stratégique de Cendrars tiendrait à l’ image d’indépendance irréductible qu’il a construite, mais aussi à son statut de poète mutilé sur le front, propre à garantir La NRF du retour des maurassiens et des critiques des nationalistes. Les clivages qui se manifestent autour de la collaboration de Cendrars montrent que le poète a, un instant, fait figure d’enjeu et de ligne de démarcation dans la redistribution du champ de la poésie, mais plus encore à l’intérieur de chacune des deux revues où sa seule présence physique, et la publication ou la réédition de ses poèmes écrits six et sept ans auparavant , suffisent à ébranler les consensus, à manifester les lignes de faille.

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