« Clinaménique ou climatérique ? – un nouveau romanesque oulipien ? Paul Fournel et Hervé Le Tellier » Chapitre d’ouvrage - Octobre 2025

Christophe Reig

Christophe Reig, « « Clinaménique ou climatérique ? – un nouveau romanesque oulipien ? Paul Fournel et Hervé Le Tellier »  », in Oulipo : générations, actes du colloque de Cerisy, Marc Lapprand, Dominique Raymond, Christophe Reig, Alain Schaffner (dir.), Paris, Classiques Garnier, 2025 (pp. 179-194)., 2025. ISBN 978-2-406-18867-4. 〈https://classiques-garnier.com/l-oulipo-generations.html〉

Depuis quelques temps, l’on entend çà et là évoquer un Oulipo devenu « allégé », négligeant les « cahiers des charges » rigoureux et les contraintes « dures » auxquelles certains romans oulipiens, nous avaient jadis habitués. Toutefois, l’affirmation selon laquelle les oulipiens auraient relégué les inventions formelles semble excessive. D’une part parce que l’usage de contraintes n’est évidemment pas la seule caractéristique des récits oulipiens. D’autre part, parce que dissimulées sous un nappé romanesque désormais porté au premier plan, nombre de caractéristiques formelles perdurent. Ce romanesque assumé, par ailleurs, n’offre-t-il pas finalement la meilleure des réponses aux reproches de textualisme ou de formalisme des contempteurs de l’Oulipo ? En nous appuyant principalement sur L’Anomalie (2020) d’Hervé Le Tellier mais aussi en parcourant les opus successifs de la quadrilogie de Paul Fournel — La Liseuse (2011), Jason Murphy (2013), Jeune-Vieille (2021) et Le Livre de Gabert (2023), on démontre que ces récits, bien qu’adoptant un style plus romanesque et accessible, conservent une construction narrative complexe et des jeux intertextuels sophistiqués. L’usage de contraintes y est plus subtil mais toujours présent. Ces romans perpétuent ainsi la tradition oulipienne tout en l’adaptant, privilégiant des structures souples permettant d’explorer de nouvelles formes de narration et, loin d’être frivoles, ils abordent des thèmes profonds comme la mort ou l’identité.

Lately, there has been talk here and there of an Oulipo that has become "leaner," neglecting the rigorous "blueprints" and "hard" constraints to which certain Oulipian novels once accustomed us. However, the assertion that the Oulipians have relegated formal inventions to the background seems excessive. Firstly, because the use of constraints is obviously not the only characteristic of Oulipian narratives. Secondly, because, concealed beneath a novelistic veneer now brought to the forefront, many formal characteristics persist. Furthermore, does not this embraced novelistic quality ultimately offer the best possible response to the accusations of textualism or formalism leveled by the Oulipo’s detractors ? By focusing primarily on Hervé Le Tellier’s *The Anomaly* (2020) and also surveying the successive installments of Paul Fournel’s quadrilogy—*La Liseuse* (2011), *Jason Murphy* (2013), *Jeune-Vieille* (2021), and *Le Livre de Gabert* (2023)—we demonstrate that these narratives, while adopting a more novelistic and accessible style, retain a complex narrative construction and sophisticated intertextual play. The use of constraints is more subtle but still present. These novels thus perpetuate the Oulipian tradition while adapting it, favoring flexible structures that allow for the exploration of new forms of narration and, far from being frivolous, they tackle profound themes such as death and identity.

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