De la littérature comme soft power Autre document - Avril 2025

Alexandre Gefen

Alexandre Gefen, « De la littérature comme soft power  », numéro spécial de la revue Analyse Opinion Critique, avril 2025. ISSN 2647-6509

Résumé

<div><p>À l’heure du repli des États-Unis sur une doctrine isolationniste et néo-impérialiste, la world literature, innovation majeure et conquérante du champ académique américain de ces dernières décennies, piloté notamment à partir de l’université d’Harvard et de son tout puissant Institute for World Literature fondé par David Damrosch, est un prisme d’observation remarquable des débats politiques et géopolitiques contemporains. C’est évident dans les débats qui, depuis le brulot d’Emily Apter, professeur à NYU, Against world literature. On the Politics of Untranslatability (2013) agitent le champ, en considérant notamment que la world literature promeut une perspective américaine hégémonique 1 et verrouille l’analyse des circulations dans une dialectique centres/périphéries 2 . On ne saurait ainsi sous-estimer les débats ouverts par le mot monde, soupçonné d’arraisonnement de la pluralité des formes de pensée par un point s’érigeant comme universel à partir d’un point de vue particulier 3 : l’illusion unitaire qu’il faisait entrevoir a été combattue, comme les dynamiques de pouvoir qu’il dissimulait, au nom de l’impératif d’y substituer la nécessité, comme l’écrit Nadia Yala Kisukidi, de « rendre à chaque partie du monde la possibilité de faire monde » 4 en pluralisant les perspectives en dehors d’un américano-centrisme. C’est tout aussi vrai, je voudrais ici le démontrer, dans les débats sur le concept de littérature, dont l’universalité fait l’objet de questionnements intenses depuis Edward Saïd et Gayatri Chakravorty Spivak et qui s’est trouvé interrogé en profondeur par le projet même de la world literature. Essentialisée par le Romantisme, fétichisée par l’art pour l’art, centrale encore au XX e siècle dans l’idéalisme (on se souvient de la formule célèbre de Charles du Bos, « la littérature, c’est la pensée accédant à la beauté dans la lumière ») comme dans le structuralisme, la notion de littérature a subi le double tournant de l’extension des genres et des lieux de la littérature, tout en se trouvant mobilisée dans les controverses visant les courants critiques de la recherche universitaire, tels que les études de genre et les approches postcoloniales. Tandis que l’art moderne démultipliait les formes conceptuelles, produisant par exemple des récits de non-fiction ou des textes hors du livre, le tournant de la littérature mondiale a décliné la littérature au pluriel jusqu’à dénier au concept la moindre robustesse, réfutant l’affirmation solennelle de René</p></div>

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