<div>Rap et intermédialité : enjeux méthodologiques<p>L’étude du rap en France se développe à la fois dans les études littéraires et les études sociologiques, ce genre musical étant associé dès ses débuts dans le pays à l’expression des classes populaires, comme le montre Karim Hammou dans Une histoire du rap en France 1 .</p><p>Le chercheur montre que cette essentialisation du genre est largement critiquable : les interactions décisives entre les institutions culturelles, l’industrie musicale et les rappeurs ne permettent pas d’appréhender le rap comme l’expression spontanée des classes populaires, dont l’unité de discours n’existe que dans les attentes d’une partie du public. Il n’en reste pas moins que cette association du rap aux milieux populaires, d’ailleurs fréquemment convoquée par les artistes eux-mêmes, a durablement inscrit l’étude du rap dans le domaine de la sociologie, et l’analyse des rapports de pouvoir mis en scène dans ce genre musical reste centrale dans le milieu universitaire. Cette approche sociologique s’accompagne d’une approche esthétique, attentive à la dimension fondamentalement intermédiale du genre, à comprendre surtout comme une « intermédialité interne », dans laquelle plusieurs médias (dans le sens de « transmissive media » définit par Marie-Laure Ryan 2 , c’est-à-dire de support matériel permettant la communication) cohabitent dans une oeuvre : il s’agit alors d’analyser les phénomènes de « coprésence », tels que les définit Rémi Besson 3 . Magali Nachtergael présente par exemple le rap comme une forme de néolittérature associant plusieurs médias sans les subordonner au média-livre. Elle inscrit ainsi le rap dans la continuité de différentes pratiques de la néolittérature, de la poésie sonore aux expérimentations surréalistes par exemple 4 . Les travaux de spécialistes issus de différents domaines, information-communication, musicologie, études cinématographiques ou études littéraires, concourent à appréhender le rap dans sa dimension esthétique et intermédiale, afin d’en cerner les spécificités. Cependant, il me semble que le rap est encore assez peu étudié dans le cadre des études médiatiques et n’apparaît pas dans les exemples utilisés pour penser les théories de l’intermédialité. Or, ce genre provoque des relations entre les médias tout à fait spécifique, qu’il s’agit d’étudier dans cet article. Je voudrais présenter la manière dont l’étude du rap peut se saisir de certaines théories de l’intermédialité et comment ce corpus peut parfois déplacer les enjeux théoriques de cette</p></div>
Rap et intermédialité : enjeux méthodologiques Chapitre d’ouvrage - Janvier 2025
Marion Coste, « Rap et intermédialité : enjeux méthodologiques
», in Simon Bréan, Aurélie Huz, Alice Jacquelin et Matthieu Letourneux (dir.) (ed.), Futurs POP. Perspectives de la recherche en cultures populaires et médiatiques, 2025
Résumé
