Parmi les nombreuses variations mettant aux prises créateur et créature en science-fiction, une configuration met bien en évidence ce que l’anthropocentrisme peut avoir d’excessivement orgueilleux : la représentation de l’éviction, moins par la violence que par une sorte d’inexorable nécessité, de notre espèce – se croyant au pinacle de l’évolution – par l’espèce qu’elle a créée, et dont l’infériorité prétendument ontologique devait couronner une maîtrise totale de la nature. Les écrivains puisent ici à un fonds mythique commun à toutes les cosmogonies. Au schéma classique de la rébellion, du désir d’émancipation et de reconnaissance, s’ajoute alors la notion, extrêmement dérangeante, d’une inversion de la hiérarchie entre créateur et créature. C’est cette double dynamique d’orgueil châtié et de valorisation de la créature au détriment de son créateur que je tâcherai de mettre ici en perspective, à partir de La Cité des permutants (Permutation City, Greg Egan, 2000), des Fables de l’Humpur (Pierre Bordage, 2007) et du Jeu du démiurge (Philippe-Aubert Côté, 2015).
Tentation divine et humiliation du créateur en science-fiction Article - Août 2017
Simon Bréan, « Tentation divine et humiliation du créateur en science-fiction
», Pop-en-stock, août 2017
Résumé
