A partir d’un corpus d’archives privées et institutionnelles, j’ai recensé une trentaine de pièces de théâtre à matière historique jouées à Conakry lors des festivals de théâtre qui encadraient la jeunesse lors de la Première République (1958-1984). Je dispose le plus souvent de comptes rendus longs et parfois de textes intégraux. Les pièces traitent principalement de l’histoire guinéenne précoloniale, de la mise en scène de la résistance à la colonisation - où les parallélismes avec l’histoire contemporaine sont transparents pour le public de l’époque. Parler du passé pour parler du présent : l’objectif pour Sékou Touré est d’établir un roman national, à dominante malinké mais en intégrant un équilibre avec d’autres héros régionaux. Une part non négligeable traite également d’autres grands événements en dehors de la Guinée, à l’instar du massacre de Thiaroye (choisi pour représenter la Guinée au Festac de Lagos en 1977). Sékou Touré a abondamment légiféré sur les règles du concours théâtral, reprenant inlassablement dans ses discours des règles et des sous-règles. A chaque nuance apportée, de discours en discours, on peut revenir sur les émotions générées par ces pièces, et aux censures dont certaines ont fait l’objet. Trop bien jouer un traitre, par exemple, peut révéler d’un exercice délicat dans un régime autoritaire qui entend cadenasser les émotions de la scène et de la salle. Après un état des lieux de l’usage de l’histoire dans ces pièces, je reviendrai sur certains cas de censure avérés, en opérant des croisements avec des entretiens oraux de spectateurs et acteurs de l’époque, pour reconstituer les causes de certaines colères de Sékou Touré liées à l’interprétation de l’histoire, et leurs usages sociaux.
Trop bien jouer les traîtres. Quelques réflexions sur des colères de Sékou Touré au sujet de pièces de théâtre historiques (Guinée, 1958-1984) Communication dans un congrès
Elara Bertho, « Trop bien jouer les traîtres. Quelques réflexions sur des colères de Sékou Touré au sujet de pièces de théâtre historiques (Guinée, 1958-1984)
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Résumé
