Présentation du numéro :
La prolifération des conflits armés, des accidents nucléaires, des catastrophes naturelles nous renvoie, plus que jamais, à l’événementialité du monde. Concept au croisement de la phénoménologie, des disaster studies, de la philosophie politique et des trauma studies, l’événement défie la somme des possibles, des concepts et des mots qui s’articulent pour nous en monde. Imprévisible, bouleversant, l’événement creuse un écart temporel entre son arrivée et notre réceptivité : il est en devenir à travers les réécritures et interprétations que nous en faisons. Chaque événement défait et refait monde, engageant une redéfinition de l’ipséité et une herméneutique sans cesse renouvelée, réflexion au cœur de l’écriture littéraire, de la thérapie et de la médecine narratives. Sur le plan politique, sa mise en récits est essentielle à l’élaboration des politiques de justice réparatrice, jouant un rôle déterminant dans la reconfiguration de l’identité collective.
Résumé de l’article :
Cet article interroge le rôle qu’a joué l’événement dans l’élaboration du concept de trauma, en psychiatrie et en psychanalyse, mais aussi dans le champ des trauma studies. Ce champ d’étude interdisciplinaire naît dans le courant des années 1990 aux États-Unis alors que domine une conception événementielle du trauma, portée par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, ouvrage de référence en psychiatrie. Il s’agit d’examiner la manière dont les théoriciens des trauma studies se positionnent vis-à-vis de ce paradigme, ainsi que le rôle qu’ils accordent à l’événement dans leurs approches culturelles et littéraires du trauma. L’article met donc en relief l’enjeu théorique et politique que la notion d’événement a d’emblée constitué pour les trauma studies.


